Le foot stéphanois pleure la mort de Robert Herbin, le sphinx, décédé hier soir à l'âge de 81 ans. Michel Platini, Jean-Michel Larqué, Jean-François Larios, ou encore les dirigeants actuels Roland Romeyer et Bernard Caïazzo rendent hommage à l'une des plus grandes gloires des Verts.
Robert Herbin s'est éteint, ce lundi soir, à l'âge de 81 ans à la suite de complications cardiaques et pulmonaires. Le Sphinx, comme il était surnommé, laisse évidemment une trace indélébile à Saint-Etienne, qu'il a entraîné entre 1972 et 1983, puis entre 1987 et 1990. A sa tête, les Verts ont d'ailleurs disputé une finale de coupe d'Europe face au Bayern Munich en 1976, lui qui a également évolué comme joueur dans le Forez (1957-1972). Et ceux qui l'ont connu lui ont rendu de vibrants hommages...
Michel Platini (joueur de l'ASSE de 1979 à 1982) à l'AFP : "Nous avons vécu ensemble de très belles aventures dans ce club qui ne ressemble à aucun autre. De ces aventures qui marquent toute une carrière et fabriquent de magnifiques souvenirs comme le titre de champion de France en 1981. J'ai aussi une pensée affectueuse pour la communauté des supporters de l'ASSE qui viennent de perdre l'un des plus grands entraineurs de l'histoire du club".
Jean-Michel Larqué (joueur de l'ASSE de 1965 à 1977) à RMC : "J’ai passé des années avec Robert en tant que joueur puis avec lui en tant qu'entraineur, je ne l’ai jamais entendu élever la voix. C'était un homme compliqué, mais c’est ce qui faisait son charme. On n’était pas en très bon termes quand j’ai quitté Saint-Etienne, mais j’ai beaucoup apprécié l’homme. J’ai été peiné de voir quelques articles parler de son addiction, de son caractère compliqué. Il avait tellement de qualités à côté qu'on aurait mieux fait d'en parler avant qu’il soit parti. On travaillait beaucoup à l’entraînement. Il était encore joueur quand il est devenu entraîneur. Il n’y a pas eu d’année de transition. Il nous faisait une grande confiance. Peut-être qu'il était compliqué, mais il faisait énormément confiance à ses joueurs (...). Quand je débutais à l’âge de dix-huit ans et demi, j’avais la place juste en face de celle de Robby dans le vestiaire. A la fin des matchs, il enlevait ses chaussures, mais avant de retirer ses chaussettes, il tirait sur une gitane sans filtre. Mais c’était un athlète fabuleux. Nous, les Verts de 76, on sait tous ce qu’on lui doit."
Dominique Bathenay (joueur de l'ASSE de 1973 à 1978) à RMC : "Je l’ai connu comme joueur aussi, quand je suis arrivé à Saint-Etienne. C’était mon entraineur, celui qui m’a fait débuter en professionnel. Il a beaucoup apporté au foot français et à Saint-Etienne bien sûr. (...) Il y avait une alchimie autour de Robby. Il était emblématique. Il avait porté les couleurs de l’ASSE, il avait été champion de France avec l’ASSE."
Jean-François Larios (joueur de l'ASSE de 1974 à 1983) à L'Equipe : "J'avais trois papas : mon père biologique, mon grand amour, Monsieur Jean Larqué et lui. Ces gens ont fait du bien à tout le monde. Voilà. J'ai perdu mon père. Un homme intelligent, affectueux, humain, respectueux, mélomane et philosophe. Quand j'ai appris cette triste nouvelle, j'ai dit à mon fils : "C'est toute ma vie qui part". Mais pas seulement. C'est pratiquement toute l'AS Saint-Étienne qui part avec lui, après Roger Rocher (le président) et Pierre Garonnaire (le directeur sportif). Il ne restera qu'une légende. Parce que pour moi, c'est lui qui incarnait le mieux les Verts. Il adorait le club et il lui est resté fidèle. N'oubliez pas que Robert Herbin a été d'abord un grand joueur de l'AS Saint-Étienne. Son palmarès parle pour lui. Et vous savez, ce n'est jamais facile d'entraîner un club après en avoir été le joueur. Il y est pourtant magnifiquement parvenu. (...) Je n'ai jamais vu un entraîneur aller voir son président pour défendre un joueur en lui disant : "Vous arrêtez de baiser (Gérard) Farison et vous allez l'augmenter". C'était quelqu'un d'extraordinaire et l'idole de mon père. C'est d'ailleurs pour cette raison que mon père biologique m'a fait signer à Saint-Étienne, plutôt qu'aux Girondins de Bordeaux. Parce que "Robby" en était l'entraîneur. (...) Il a préféré terminer ses jours dans son monde, entouré de ses chiens et bercé par sa musique. Sans déranger personne."
Bernard Caïazzo (président du conseil de surveillance de l'ASSE) à France Bleu : "Je me souviens quand j'étais petit, on a commencé à retrouver une fierté grâce aux résultats de l'équipe de Roby, bien sûr avec tous les joueurs qu'il faut remercier qui étaient là, mais c'était lui l'entraîneur. Certainement parce qu'il avait vécu en tant que joueur même, parce que tout le monde oublie que ç'a été avant tout un grand joueur international qui n'a connu qu'un seul club l'AS Saint-Etienne. Et puis, il a construit un grand club de football, bien sûr pas tout seul, mais il l'a construit et été un grand artisan du football stéphanois mais aussi du football français."
Roland Romeyer (président du directoire de l'ASSE) à France Bleu : "Je n'ai pas dormi de la nuit. J'ai pensé à tout ce qu'il nous a apporté, à nous les Stéphanois. Il nous a persuadés que l'impossible en football n'existait pas. C'est comme ça que l'ASSE a renversé les plus grands clubs d'Europe dans les années 70. A l'étranger, quand tu dis que tu es de Saint-Etienne, ils te disent les Verts! Ils savaient même pas ou était Saint-Etienne avant. C'était son plus grand exploit de fédérer une ville et tout un pays derrière l'équipe. En 76, la France était verte. Il dégageait un charisme et une force incroyable. On avait l'impression que rien ne pouvait le déstabiliser. Roby s'est constitué le plus beau palmarès du foot français."