Définir Grégory Bakian est assez compliqué tant cet ancien sportif amateur est un véritable couteau suisse. S’il n’a pas fait carrière dans le foot ou dans le sport automobile - ses deux autres passions -, il a mis tout son cœur et toute sa créativité dans la musique, où il s’épanouit désormais. Résumer Bakian (son nom de scène) à son simple rôle de chanteur est impossible tant il est à l’aise dans de nombreux domaines artistiques. "Je suis chanteur, mais aussi auteur, producteur, éditeur et scénariste ! C’est moi qui mets en scène tous mes clips, dont le dernier qui a été tourné à Monaco. J’ai écrit le scénario original de ce clip. Mon style musical est proche du pop électro. Je suis tourné vers la musique mais aussi vers l’artistique en général. J’adore la photographie, même si je n’ai pas trop le temps d’en faire (rires), j’adore le cinéma aussi. J’ai eu des expériences dans des courts-métrages, je suis sur le projet d’une série Netflix".
L’artiste ne laisse d’ailleurs rien au hasard et se laisse carte blanche pour accompagner ses chansons avec des clips travaillés. "J’ai une approche différente de certains chanteurs ou chanteuses. Les clips, ce sont des choses importantes, qui doivent être travaillées, servir la musique, donner une dimension encore plus grande à la musique. C’est un plus pour la chanson, il ne faut pas faire un clip juste pour avoir de beaux plans, dénués de sens. Il faut que ça raconte une histoire. Dans le clip ‘Changer’, qui vient de sortir, les retours sont très bons. Les gens me disent qu’ils ont regardé un film en musique de 3 minutes. ‘On a voyagé, on ne s’attendait pas à la fin’. Au lieu d’avoir mis 2 ou 3 jours pour travailler le clip, on a mis 1 mois d’écriture. On se prend plus la tête, on cherche les lieux pour que ce qu’on a écrit puissent être réalisables". Travailleur acharné, il s’est aussi remis en question ces derniers mois pour adopter une nouvelle identité, tant visuelle que sonore, afin de toucher un public beaucoup plus large. "J’ai eu l’honneur de partager un titre avec Charles Aznavour. Il m'avait offert un titre inédit, on l’avait répété ensemble et il me l’avait offert. C’est un truc de fou sur mon premier album ! Et sur le nouvel album, on s’est plus inspiré de groupes comme Imagine Dragons, Coldplay, One Republic pour faire de la pop-électro, avec des sonorités très actuelles. Je suis un amoureux des mots, de la langue française, mais j’ai fait appel à des auteurs plus jeunes pour pouvoir parler à un plus grand nombre".
Des jeunes de l’OGC Nice à une détection pour l’Olympique de Marseille
Au niveau de sa carrière sportive, le chanteur a d’abord débuté dans le football. Dès son plus jeune âge, une petite exigence envers lui-même apparait : "J’ai d’abord fait du foot en club de 7 ans à 15 ans. Je ne vais pas dire que je n’avais pas de qualités dans le foot, j’ai joué à un bon niveau, dans de bonnes catégories, mais comme je suis exigeant avec moi-même, j’ai vu que je n’avais pas la même facilité technique, la même aisance et le même talent naturel pour le football que pour le pilotage". Alors qu’il portait les couleurs de l’OGC Nice en U13, le petit attaquant de l’époque, au style comparable à Pippo Inzaghi, estime qu’il avait des qualités, mais pas suffisantes selon lui pour viser le très très haut niveau. "Au foot, je ne me sentais pas assez bon, pas assez talentueux, même si j’ai été retenu pour passer des détections en vue d'intégrer le centre de formation de l’OM en U15. J’ai aussi joué avec l’OGC Nice en moins de 13 ans. J’avais des qualités, j’étais très adroit devant le but, je sentais le but, j’étais à l’aise des deux pieds, je me démarquais bien. Tactiquement, j’avais des qualités sinon je n’aurai pas été le meilleur buteur de mon équipe chaque année. Mais dans le jeu, je sentais que techniquement, je n’avais pas de talent, de don naturel. Je n’étais pas capable d’avoir cette aisance naturelle. Je n’étais pas spectaculaire, beau à voir jouer mais j’arrivais toujours à débloquer un match. Peut-être que si j’avais continué, j’aurai pu accrocher le National 2 ou le National…"
À l’inverse, sur les circuits de Karting, Bakian s’éclate, impressionne et, contrairement au foot, fait partie des tous meilleurs de sa génération. "Dans le pilotage, j’ai tout de suite gagné des courses avec des pilotes qui sont devenus par la suite pilotes de F1 et qui ont fait partie des meilleurs pilotes de la planète. J’ai prouvé que j’avais le niveau des meilleurs dans le kart. J’ai dû arrêter la compétition pour des raisons financières, j’étais champion de Ligue, j’étais dans le top 5 du championnat de France. Si j’avais clairement eu le même talent dans le football que dans le pilotage, je serai footballeur aujourd’hui. J’aurais même été pas loin du Ballon d’Or. J’ai roulé avec Sebastian Vettel, avec Jules Bianchi qui est mon ami d’enfance. Vettel, j’ai fait des tests avec lui à Lonato en Italie en 2001. Avec beaucoup moins d’expérience de la piste et de la catégorie, j’étais quasiment dans ses chronos en même pas 20 minutes de roulage. Dernièrement, il y a trois ans, j’ai roulé avec Charles Leclerc pour des courses caritatives et j’étais dans ses temps. J’ai roulé avec Pierre Gasly il y a 5 ans, j’avais fait un chrono à 8 centièmes de secondes de Pierre".
La musique pour panser les plaies et les déceptions
Pour Bakian, tirer un trait sur le rêve de devenir pilote de formule 1 est une blessure encore très douloureuse. Comme un symbole, c’est la musique qui l’a aidé à se relever et retrouver le sourire. "Je ne vais pas mentir, bien sûr que c’est rageant d’arrêter sa passion pour des raisons financières. Aujourd’hui, la musique est ce qui me sauve moralement et ce qui me permet d’atténuer ma déception par rapport au fait d’avoir arrêté le sport automobile… J’ai gagné des concours de musique, j’ai travaillé avec Charles Aznavour, j’ai rempli des salles mythiques à Paris comme le Palace, j’ai chanté au Zénith de Paris, à Bercy… Aujourd’hui, je ne vais pas me plaindre mais il y a un regret au fond de moi parce qu’il y a un rêve que je ne pourrai plus jamais atteindre dans ma vie : devenir pilote de Formule 1. C’est fini, il faut être fataliste et se dire que ce n’était pas mon destin".
Du côté de l’artiste de 35 ans, les chansons ont donc remplacé les dépassements ou les buts marqués. De même pour les récompenses musicales, qu’il n’hésite pas à comparer à des titres sportifs. "Aujourd’hui je suis dans la musique, je fais des tournées, des concerts. Dieu merci je m’en sors bien, j’avais deux passions : le sport et la musique, et ça va ! Je vais essayer de marquer de mon empreinte dans la musique par des grands concerts, des récompenses. Pour moi, ce serait comme des titres (rires). Des Victoires de la Musique, des NRJ Music Awards, même à l’étranger. Je fais faire de mon maximum pour aller le plus haut possible. Mais c’est difficile, ce n’est pas que la qualité de ce qu’on produit qui est appréciée".
Que ce soit dans le sport ou la musique, parvenir à faire sa place est un vrai combat et le chanteur a eu besoin de la compétition et de l’adversité pour se surpasser. Preuve de sa grande force, sur scène comme sur piste. "Un jour, quand on avait 15-16 ans, l’émission Graine de Stars est venue faire un casting officiel à Bandol en 2002, dans le Var. Un copain m’a inscrit de force, contre mon gré. Je ne voulais pas le faire, j’étais timide, je ne voulais pas monter sur scène, c’était une souffrance. Il y avait 500 candidats sur cette émission et j’ai gagné. Je suis sorti premier devant 7 000 spectateurs environ. C’était fou ce que j’ai vécu sur scène ce soir-là. Ça m’a donné un petit peu confiance en moi. J’ai enchainé sur un autre concours, Le Disque d’Or, que j’ai gagné, tout comme le concours de chant organisé par Nice Matin. Cet été-là, j’ai gagné les plus gros concours de chant du Sud de la France. Je me suis dit : « Ce n’est pas possible. Il ne faut pas lâcher » J’ai pris beaucoup de plaisir. Je suis parti à Paris prendre des cours de chants pour me perfectionner. En parallèle, j’ai arrêté le karting en 2004. Je m’apprêtais à participer au championnat d’Europe de Formule BMW en Allemagne cette année-là et je n’ai pas pu faire la saison pour des raisons financières. La musique a pris la suite et je n’ai plus jamais arrêté la musique".
Le sport a toujours une grande place dans sa carrière… grâce à Emmanuel Petit
Le sport ne reste toutefois pas très loin de Grégory Bakian. La vie lui a même offert un joli clin d’oeil puisqu’il a tapé dans l’oeil d’un champion du Monde 98 qui est devenu son producteur : Emmanuel Petit. Et forcément, entre un footballeur et un fan de foot, la relation professionnelle s’est très vite transformée en véritable amitié. "Je savais que c’était quelqu’un qui avait une sensibilité, notamment pour l’art mais je ne savais pas que j’allais le croiser sur mon parcours. On a fait un match pour une association caritative, il y avait plein d’anciens joueurs professionnels dont Manu Petit. C’était super sympa et le soir on a fait un concert privé. Et là, Manu m’a écouté chanter « Ce qui ne tue pas nous rend plus fort », mon premier single sorti en 2013. Il est venu me féliciter pour ma prestation quand je suis descendu de scène. Ma musique l’a touché. Je connaissais son parcours et la disparition de son frère sur un terrain de football à l’âge de 15-16 ans. C’est ça qui lui a donné la rage de réussir pour tenter d’apaiser la peine et la souffrance de sa famille. Il en a fait son combat, sa mission. C’est quelqu’un d’hyper sensible, il a une fibre artistique, il dénote un peu des autres joueurs, il a un côté solitaire. Il est dans sa bulle, dans son monde, mais humainement il a des valeurs magnifiques de droiture, de respect, de générosité, de loyauté. C’est un mec fantastique. C’est un symbole oui, rencontrer sur ma route un ancien footballeur et que ce soit Emmanuel Petit, un mec aussi loyal que lui, ça pouvait être difficilement être mieux. C’est comme un frère aujourd’hui".
Aujourd’hui, les deux amis échangent quotidiennement et débriefent notamment les matchs de l’entraîneur préféré de Bakian, Marcelo Bielsa,. "On partage cette passion pour le foot, on échange tactiquement sur des sujets, sur des matchs, des compétitions. Il commente beaucoup les matchs de Leeds sur RMC, je suis un grand fan de Bielsa donc on débriefe les matchs". D’ailleurs, le mot fan n’est peut-être pas assez fort pour évoquer l’admiration du chanteur pour El Loco. "C’est un coach que j’admire énormément. Ce que j’aime chez lui, c’est sa philosophie. Il faut accepter que sa philosophie lui permette de remporter des matchs spectaculaires et exceptionnels, mais aussi qu’elle peut aussi lui infliger une défaite 4-2 alors qu’il domine un match. II faut l’accepter. Au final, sur la globalité de sa carrière, il a plus gagné que perdu, sauf avec l’Argentine. Avec Bilbao, finale de Coupe d’Europe, Marseille si on n’a pas ces 11 points perdus sur des erreurs d’arbitrage on finit à 3 points du PSG en proposant un football magnifique. À Leeds, ça faisait 16 ans que l’équipe n’était pas montée en Premier League. C’est un monstre ! Si Guardiola et tous les coachs dans le monde lui vouent une admiration sans limite, ce n’est pas pour rien. C’est vrai que parfois, il peut être énervant. Il n’y a rien de plus énervant de perdre 5-3 ou 4-2 alors que tu as dominé. Je vais être honnête, c’est à partir de l’OM que j’ai appris à le connaître. Mais après Marseille, j’ai fait deux, trois ans d’étude sur lui ! J’ai dû visionner 250 des matchs de ses équipes, lu 4 ou 5 livres sur lui… "
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Bielsa n’a pas conquis le coeur de l’artiste lors de son passage à l’OM, mais plutôt après. "Quand il était à l’OM, au début il m’énervait. On a une série de 5 défaites consécutives, je disais à mes amis ‘il commence à me fatiguer sur sa glacière’. Je n’appréciais pas du tout Bielsa à sa juste valeur. Je ne voulais pas voir toute la malchance qu’on a pu avoir, la CAN, les erreurs d’arbitrage. J’ai revisionné les mains dans la surface, les fautes, et effectivement il y a ces fameux 9 points, voire 11. Quand il a quitté Marseille, et qu’il est revenu à Lille, j’ai pris le temps de vraiment m’intéresser à lui, au personnage, son départ et ses disputes avec Labrune".
Un fan inconditionnel de Marcelo Bielsa
Sa passion pour le technicien argentin l’a même poussé à lui écrire un courrier. Et ses chansons lui ont ouvert des portes bien surprenantes. "Je lui ai écrit un courrier il y a quelques mois, que j’ai envoyé à Leeds avec mon premier album que je lui ai offert. Je lui ai fait part de toute mon admiration, de sa valeur humaine, de ses principes, de sa droiture, pour l’Homme et le coach qu’il était ainsi que le jeu qu’il prônait. J’ai envoyé ça pour lui faire part de mon admiration. Et un jour j’ai reçu un coup de fil d’Angleterre, c’était Marcelo. On a parlé quelques minutes, il a dit qu’il appréciait mes chansons. Je l’ai étudié car j’ai aussi voulu comprendre pourquoi on l’appelait le fou. Mais ce n’est pas que El Loco, c’est un mec qui a des principes, des valeurs, des codes. Et ça manque des mecs comme ça aujourd’hui". Fin novembre, le monde du foot a encore ouvert ses portes à Bakian puisqu’il a chanté lors des Golden Foot à Monaco, devant Dani Alves et d’autres stars du ballon rond.
Plein de rêves, Bakian se fixe trois objectifs, tous plus ambitieux les uns que les autres. "J’aimerai faire un jour au moins une fois dans ma vie l’Olympia ! C’est une salle symbolique. Et puis j’aimerai être au moins une fois classé numéro 1 dans le Top 50 au niveau des ventes. Quand tu es compétiteur, que tu as été sportif, être numéro 1 ça te rappelle de bons souvenirs. Et mon artiste préférée dans le monde, c’est Lady Gaga, donc faire un duo de près ou de loin… Ça, ce serait mon plus grand rêve. C’est la plus grande pour moi". Et même un supplémentaire, en rapport avec le sport : "Chanter la Marseillaise au Castellet, le Grand prix de France de F1, c’est aussi un truc qui me plairait !"
Mais désormais, c’est bien la scène qui fait vibrer le chanteur, qui n’hésite pas à comparer les sensations ressenties à celles lors de la course automobile. "Je dirai que c’est à peu près pareil que la course automobile. Il y a quand même des sensations qui sont assez proches, la part de stress qui monte avant un concert, puis la satisfaction après la performance. Mais l’agressivité qu’on peut déverser et canaliser dans le sport de haut niveau est beaucoup plus difficile à canaliser sur scène. Sur scène, tu as un rapport d’amour, de partage avec le public. C’est l’art contre le sport, la compétition et la bagarre. C’est différent mais je ressens des satisfactions très proches". À Bakian, désormais, de trouver la bonne voie pour atteindre la plus haute marche du Top 50…