Ce jeudi et vendredi, le tribunal correctionnel de Paris se penche sur le home-jacking subi par Gianluigi Donnarumma le 21 juillet 2023. L’ancien gardien du PSG avait été frappé au visage et ligoté. Sa compagne, alors enceinte, avait également subi de graves violences.
Dans la nuit du 20 au 21 juillet 2023 vers 2h53 du matin, l’avenue Montaigne, dans le VIIIe arrondissement de Paris, est plongée dans le calme. Gianluigi Donnarumma et sa compagne Alessia dorment paisiblement. L’Italien a repris l’entraînement avec le PSG dix jours plus tôt. De son côté, Alessia vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Quelques secondes plus tard, quatre hommes cagoulés font irruption dans leur appartement. Le commando a pénétré dans le luxueux logement du couple en passant par les toits.
L’international italien est rapidement pris pour cible. Il est frappé au visage, menacé avec un couteau puis ligoté. Les mains et les pieds attachés. Le gardien est totalement immobilisé. Les agresseurs s’en prennent également à Alessia (la femme du joueur). L’un des cambrioleurs est notamment accusé d’avoir "sauté" sur sa compagne et de lui avoir "écrasé la tête contre l'oreiller".
La compagne de Donnarumma a vécu un calvaire
Les voleurs volent plusieurs bijoux et fouillent l’appartement. Ils découvrent un coffre-fort et demandent son code à Alessia. La jeune femme leur explique qu’elle ne le connaît pas et qu’ils ne trouveront rien à l’intérieur. Le couple n’utilise jamais ce coffre. Mais les cambrioleurs refusent de la croire. Ils la tirent par les cheveux, l’étranglent et la frappent au niveau des cuisses. Alessia leur annonce alors qu’elle attend un enfant. Avec le recul, elle estime que les agresseurs n’ont probablement pas compris ce qu’elle leur disait.
Gianluigi Donnarumma finit par leur donner le code : "Quatre fois 0". Les cambrioleurs ouvrent le coffre. Il est vide. Alessia disait vrai. La femme du joueur est ensuite attachée avec des câbles de chargeurs de téléphone portable. À 3h13 du matin, le commando quitte les lieux. Le butin volé est estimé à un peu moins d’un million d’euros par le capitaine de la sélection italienne devant les enquêteurs. Le couple descend dans la rue à 3h19 pour chercher de l’aide. Gianluigi Donnarumma apparaît avec le visage ensanglanté. Alessia a les mains attachées dans le dos.
Le lien entre cette agression et les graves conséquences médicales subies par Alessia devrait être au cœur des débats au procès. Interrogée le 18 février 2025 par la juge d’instruction, la jeune femme avait également expliqué "faire des cauchemars et se réveiller toutes les nuits pour aller vérifier les caméras de surveillance" de son domicile.
Un des suspects dit avoir agi sous la contrainte
Le tribunal correctionnel de Paris va se pencher sur cette affaire ce jeudi après-midi et vendredi, trois ans après cette nuit cauchemardesque. Les enquêteurs avaient identifié les différents suspects. Au moment des faits, Moktar avait 21 ans, Seyni 20 ans, Mohamed 17 ans et Kevin, seulement 16 ans. Des jeunes hommes dont les parcours ont depuis pris des directions très différentes. Seyni est décédé après s’être suicidé par pendaison en détention. Lors de l’une de ses auditions, il avait expliqué avoir participé à ce "home jacking" sous la contrainte. Sa mère, sa petite sœur et lui-même étaient menacés par plusieurs individus selon son récit. Seyni avait lui-même été séquestré et avait reçu plusieurs coups de couteau après le cambriolage. Quelques mois plus tard, il avait décidé de tout "balancer" aux enquêteurs. Seyni avait alors désigné deux hommes comme les organisateurs du cambriolage chez les Donnarumma. Le fameux "Kiki", mais aussi "Ganito", un homme connu des services de police et à la réputation sulfureuse.
Après les déclarations de Seyni devant le juge d’instruction, "Kiki" et "Ganito" avaient rapidement été identifiés. "Kiki" était en réalité Khyan Mamouni. Âgé de 18 ans au moment des faits, il était déjà accusé, entre autres, d’être impliqué dans une tentative de vol avec arme visant la journaliste Anne-Sophie Lapix. "Ganito", lui, se prénommait Ilyas. Ilyas Kherbouch. La nuit du home-jacking, les deux hommes étaient incarcérés à la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Pourtant, les enquêteurs ont réuni plusieurs éléments susceptibles de les compromettre.
La juge d’instruction considère notamment "Ganito" comme le "commanditaire principal" des faits. Son passé judiciaire est particulièrement lourd. Il avait déjà été condamné à onze reprises. Depuis ses 14 ans, il n’aurait passé qu’un mois et demi en liberté. Le 7 mars dernier, il s’est évadé de la maison d’arrêt de Villepinte avec l’aide de complices déguisés en policiers. Il a finalement été interpellé treize jours plus tard. Il est actuellement incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes, dans le Val-de-Marne. Sa date de libération prévisionnelle est fixée au 25 mai 2043.
Les deux hommes vont être jugés jeudi et vendredi
Ce jeudi et vendredi, il sera jugé aux côtés de son ami "Kiki" et de Moktar Diop. Ce dernier a reconnu sa participation au cambriolage, tout en affirmant ne pas avoir commis de violences. Moktar avait lui aussi été victime d’une violente agression après les faits. L’un de ses complices lui reprochait d’avoir quitté les lieux trop rapidement. Des photos de lui, dénudé et ensanglanté, avaient ensuite été retrouvées sur le téléphone de "Ganito". Selon des sources proches du dossier relayées par L'Équipe, ce dernier aurait l’habitude de menacer son entourage. Il ne sera toutefois pas défendu par l’avocate qui l’accompagnait dans cette procédure depuis plusieurs mois. Maître May Sarah Vogelhut a renoncé à assurer sa défense lundi.
De leur côté, les Donnarumma, qui se sont mariés au printemps dernier, ne seront pas présents à l’audience, mais "ils veulent être acteurs de ce dossier. Ils ont subi des actes qui vont au-delà de l'imaginable. Leur volonté est de marquer le caractère absolument inadmissible de ce déchaînement de violence, avec les conséquences (psychologiques) que l'on peut imaginer, encore aujourd'hui.", a confié maître Thomas Klotz, l'un de leurs avocats. Les deux autres mis en examen, Mohamed et Kevin, ont quant à eux été jugés par le tribunal pour enfants. En juillet dernier, ils ont été condamnés à des peines d’emprisonnement. Le parquet a fait appel. Les trois hommes jugés ce jeudi et vendredi restent présumés innocents.